Le 17 juin 1885
La Statue de la Liberté arrive à New-York
Certaines dates, dans l'Histoire, sont là pour
marquer les consciences, et le 17 juin 1885 en fait bien justement partie... Ce jour précis, mes amis, une oeuvre emblématique est arrivée à bon port et prête à être montée et installée ; un
monument a été débarqué afin de sceller une amitié transocéanique ; une flamme est venue conquérir le coeur de millions d'américains ; puisque le 17 juin 1885, c'est le jour où la
Statue de la Liberté est arrivée à New-York...
Symbole national autant qu'international, la Statue de la Liberté est bien LE monument qui scelle une amitié profonde et durable, quoiqu'avec des creux et des bosses, entre les peuples français
et américains. Cela fait plus de 100 ans que les deux pays se sont alliés et se sentent amis, depuis que les États-Unis ont souhaité se libérer du joug anglais, et que la France, toujours prompte
à donner un coup de poignard dans le dos de la perfide Albion, a très sympathiquement proposé son aide matérielle... Depuis ce jour, les deux pays n'ont cessé de se faire des clins d'oeil
langoureux, chacun de son côté de l'Atlantique, et en 1885, la France souhaite honorer cette amitié et offrir un cadeau au peuple américain, un truc un peu tape-à-l'oeil parlant de liberté, mais
surtout à la vertu de bien rappeler à l'ami que, dans l'acquisition de sa liberté, la France a donné un petit coup de main.
Côté français, on met le paquet ! On veut
d'un truc rutilant, on veut d'un truc grandiose, on veut d'un truc qui marque les générations ! Pour cela, on va chercher le sculpteur alsacien Frédéric Auguste Bartholdi, déjà habitué à
travailler pour les États-Unis, et on l'enferme pendant une quinzaine d'années dans son atelier afin qu'il réussisse à produire son oeuvre. Au cas où, d'ailleurs, on lui adjoint les services d'un
certain Gustave Eiffel, homme bien sympathique en soit, mais assez obnubilé par l'utilisation de structures métalliques en toute oeuvre, y compris dans cette fameuse Statue de la Liberté.
En avril 1885, la Statue est achevée, les français en sont fiers, ils ont hâte de la transporter... Exaltation d'une vertu française, exaltation d'un savoir-faire français, donc exaltation de la
France, tout y est, les américains ne pourront qu'aimer, voire adorer, et la Statue est expédiée...
Il faut deux mois au navire français
Isère pour arriver à New-York depuis le port de Rouen avec, dans ses cales, 210 caisses contenant la Statue en bronze et sa structure métallique. Qu'en diront les américains ?
Comment accueilleront-ils l'oeuvre ? Comment adoreront-ils les français pour les bienfaits qu'ils procurent à ce peuple toujours naissant ? Chacun se le demande mais ne doute que peu
des réactions... Après tout, ce n'est pas n'importe quoi, c'est un produit français ! Qu'y a-t-il donc de mieux au monde, après tout ?
Les américains, pragmatiques, s'affairent à ouvrir les caisses, un peu angoissés à l'idée du cadeau qu'ont pu leur faire les français... Si au moins ça pouvait être des bouteilles de vin, plutôt
que cet abominable fromage qui pue... Au 1er abord, rien de périssable, aucune nourriture mais de la matière... Des pièces et des pièces dans des boîtes et des boîtes, des boulons, des bouts de
métal, du bronze un peu partout, et dans un carton, quelques outils et une notice de montage en suédois, les américains restent circonspects...
Puis ils examinent les plans, observent la
version finale et comprennent : la Statue d'une femme avec la tête de Maman Bartholdi, tout en bronze avec un flambeau à la main, c'est du plus mauvais goût, c'est même un poil gerbant...
Pas un sein qui ne dépasse, pas un crucifix autour de son cou, pas même un hamburger dans la main, elles sont où, les valeurs américaines ??? C'est quoi ce truc ??? On ne peut pas
mettre ça sur notre sol, quand même !!!
Sauf qu'un cadeau, ça ne se refuse pas... Bon gré, mal gré, les américains assemblent les différentes pièces de la Statue de la Liberté et la collent, 18 mois plus tard, le plus à l'Est possible
du Pays, au niveau du port de New-York et surtout, tournée vers les français. Ainsi mise en place, la version officielle du cadeau raconte qu'elle éclaire les nouveaux arrivants de sa flamme et
ses bras grands ouverts, mais la vérité est surtout que vu le côté vomitif du machin, ce n'est que justice de l'infliger à la vue des français, à leur arrivée sur le nouveau continent...
Quoiqu'il en soit, quelques 120 ans plus tard, la Statue de la Liberté éclaire toujours le port de New-York, traversant les époques et ne cessant d'être copiée... Tokyo, Paris, l'Allemagne, et
cette flamme reproduite au-dessus du Pont de l'Alma qui, hélas, un jour a cessé d'éclairer, avec les désastres qu'on lui connaît... Mais de cela nous ne parlerons point aujourd'hui, ce n'est
qu'une autre... de nos Deux Milliards d'Histoires...

Voir le 5 juin 1662
Aller à l'Index des Deux Milliards d'Histoires
Commentaires Récents