Causerie mythique, causerie mythologique, mes amis, laissons-nous
dévorer par les mythes... Plongeons ainsi, tous ensemble, au coeur des légendes népalaises, à la recherche d'un être mondialement connu mais qui n'a jamais pu être rencontré ; à la
découverte d'un personnage hors norme, de par son gabarit autant que par ses habitudes de vie ; au contact d'une bête à poils aussi fraîche qu'indépendante ; puisqu'aujourd'hui, dans
cette causerie mythique, nous allons nous entretenir du Yéti...
Être surnaturel et plutôt attachant, tout du moins en apparence, le Yéti a longtemps suscité les convoitises autant que les obsessions, chaque expédition ayant pour objet de le dégoter et de le
traîner par le fond du caleçon dans un cabinet de curiosités pour le montrer aux bourgeoises en chapeau à plume, se soldant invariablement par un échec. Jamais les explorateurs n'arrivaient à
débusquer la bête, jamais ils n'arrivaient à suivre la bonne piste, tout au plus, ils trouvaient une empreinte de pas sur laquelle ils se donnaient le loisir de gamberger pendant quelques lustres
voire plus. Leur trophée en main, ils rentraient ainsi chez eux la tête pleine d'hypothèses, tandis que le Yéti, non découvert, pouvait continuer sa petite vie pépère...
Car le Yéti a toujours été un être doué d'une extrême timidité, chose
surprenante au premier abord, il est vrai, mais qu'il est important de souligner pour la suite de ce commentaire sur l'Abominable Homme des Neiges. D'ailleurs, si personne n'a jamais été en
mesure de le regarder dans le blanc des yeux, c'est surtout parce que le Yéti n'osait pas se montrer, il avait peur qu'on le voit, en un mot, il avait les foies !
Le Yéti, cette petite bête solitaire, avait peur qu'on le moque, qu'on le conspue, qu'on le critique... Des poils trop longs... Des grands pieds... Des kilomètres de bras et de jambes... C'était
plus que le Yéti ne pouvait en supporter, alors il passait son temps à se cacher. Dès qu'il voyait un explorateur lancé à sa recherche, dès qu'il apercevait ne fut-ce même que l'ombre d'un filet
à papillon, il détalait, s'enfonçait dans la neige et tentait de se rendre invisible, il ne voulait en rien être débusqué.
Un jour, tout de même, le Yéti parvint à surpasser sa
timidité. En fait, c'était surtout que ce jour-là, il avait face à lui un truc qui l'intriguait... C'était bizarre, ça ressemblait un peu à ces êtres qui passaient leur temps à le traquer, mais
en format plus petit, avec une bien drôle de manière d'arranger ses poils sur le sommet de sa tête... La chose semblait fragile, innocente, frigorifiée, elle ne bougeait pas, c'était comme si la
vie était en train de la quitter... Le Yéti s'était approché d'elle, avait vérifié qu'aucun des congénères du petit être n'était dans les parages, avait saisi la forme pour la porter à son
épaule, et l'avait ramenée dans son antre, sans faire de bruit pour la réveiller, sans faire de faux mouvement pour l'effrayer.
Chez le Yéti, si le logement était spartiate, il n'en était pas moins accueillant. L'Abominable Homme des Neiges avait ainsi délicatement posé la petite sur un tas de poils tombés qu'il avait
ramassé dans son logis, l'avait recouverte de la peau de son repas de la veille et s'était occupé d'elle, tentant au mieux de redonner un semblant de vie à la petite chose.
Au bout de quelques jours, l'enfant s'était enfin éveillé, avait
regardé le Yéti mais n'avait pas crié, pas hurlé, pas même eu un hochement de surprise. Il ne lui faisait pas peur, il ne lui faisait pas horreur, tout au plus, il l'intriguait. Et surtout, il y
avait cette grosse fourrure blanche et certainement très chaude qui l'appelait, la jeune enfant avait besoin de tendresse, de chaleur, de réconfort, alors elle s'était jeté dans les bras du
monstre, penaud et bien embêté par cet élan soudain du coeur...
Entre ces deux-là, il n'y avait pas eu besoin de mots ; un seul regard avait suffit, ils s'étaient compris. Pendant des semaines, des mois, même, ils vécurent ensemble et s'apprivoisèrent,
sachant pertinemment que ça ne pourrait durer, qu'un jour, ils devraient se séparer... Mais ils ne voulaient y penser, ils ne voulaient y songer, leur esprit voulait rester ailleurs. Pourtant,
chaque jour, les hommes gagnaient du terrain dans leur traque de la bête... Chaque jour, ils se faisaient plus pressant... Le Yéti voulait fuir, aller plus haut sur la montagne, sur des terres
encore inexplorées, mais ce devait se faire à une température que la petite ne pouvait supporter.
Alors le Yéti et sa protégée durent se quitter, chacun du partir de
son côté. Le jour de leur séparation, ni l'un, ni l'autre n'en menait large... Ils y étaient juste forcés, forcés par la vie, forcés par le destin, forcés par la température... Le coeur du Yéti
était fendu, transpercé, brisé, au point qu'en grimpant sur les sommets, il se fit la promesse de ne plus jamais se laisser approcher par les hommes, il voulait être seul et ne pas vivre d'autres
séparations...
Quant à la petite, elle retrouva les siens, mais de ses aventures avec le Yéti, jamais elle ne voulut parler. De par son silence, la bête devint une légende, un être impalpable et insaisissable,
un mythe réel, vivant ou non, qu'il fait creuser, explorer, s'approprier et diffuser sans relâche. Alors mes amis, afin de prolonger cette tradition, je vous propose de lever votre verre en
l'honneur du Yéti, et pour que sa mémoire survive à jamais, à mi-ton... Mythons.

Voir l'histoire de Prométhée
Aller à l'Index des Causeries Mythiques
ajouter un commentaire commentaires (1) recommander



Ferdinand… Saint Ferdinand… Saint Ferdinand III, le saint…
Aujourd’hui, mes amis, dans cette sainte chronique, menu royal ! Je dirais même plus… Menu royal de luxe, puisque saint Ferdinand, notre saint du jour, non content d’être saint, était en
plus roi ! Si, si ! Pas impératrice, roi, pas qu’à saint Louis, cette prérogative ! D'autant qu'il y a eu d’autres people à être rois et saints à la fois (Gontran, Clotilde,
Mathilde, Isabelle, on en reparlera ici prochainement), et c’est le cas de notre saint du jour, Ferdinand, roi de Castille et de Léon, ou tout du moins, de ce qui reste de chrétien en Espagne au
XIIIème siècle…
Je vous l'accorde, la vision que je viens de vous
exposer, c’est celle qu’ont tous les chrétiens au XIIIème siècle, alors que les Maures, au final, ils sont comme vous et moi ! Non, ils ne passent pas leur temps à pousser des cris de bête
comme s’ils étaient en pleine période de rut, non, ils ne se gargarisent pas de pseudo-conquêtes aussi fallacieuses que les seins d'Ophélie Winter, oui, ils font pipi et caca comme tout le monde,
comme le Pape aussi, oui, et même, ils se lavent les mains après ! En gros, ils sont tout comme nous, si ce n’est la couleur, la langue… et bien sûr la religion…
Beau projet qu’a là Ferdinand, mais pour la réalisation, c’est un
peu plus compliqué, parce que depuis 8 siècles, les Maures, ils ont tout squatté, c’est un peu comme s’ils étaient chez eux, au final. Ils sont passé des tentes de camping à des habitations un
peu plus en dur, du réchaud à gaz à la cuisinière équipée, des sanibroyeurs au tout à l’égout, du poste de radio à la télé câble et satellite ! Ils en sont bien à la 27ème génération
présente sur le territoire, mais qu’à cela ne tienne, Ferdinand veut les combattre !
C’est une vraie croisade qu’entame alors Ferdinand… Jamais il
ne veut prendre de repos, il y aura toujours des étrangers à expulser… Oui, mes amis, expulsons tous en choeur ! Oui, chers hidalgos, reconquérons notre doux pays ! En un mot, oui,
l’Espagne, aimez-la, ou bien quittez-la ! Devant ce slogan fort original, Ferdinand ne se sent plus pisser ! Chaque jour, il voit ses armées casser du Maure et l’éjecter par les
fenêtres du royaume, chaque jour, ce sont des dizaines et des centaines d’étrangers qui se font virer ! Ferdinand exulte, Ferdinand est ravi, Ferdinand saute de joie, Ferdinand est tellement
heureux qu’il en finit même par éjaculer dans le fin fond de son pantalon !
C’est donc le slip souillé que Ferdinand finit sa vie et monte au
Paradis, après avoir combattu les Maures toute sa vie ! A sa mort, l’invasion musulmane ne se limite plus qu’aux enclaves de Cordoue et de Séville, et l’Espagne a presque entièrement
retrouvé sa liberté. La biographie de saint Ferdinand s’édite alors à pleines brassées, fait des émules, puis finit par être oubliée, la doctrine de Ferdinand commençant à être moralement
dépassée… Encore que, il y a quelques années, elle a encore pu bercer les enfances respectives des petits Jean-Marie, Marine, Philippe, Charles, Brice ou encore Nicolas...
« Qu'ouïs-je ? Qu'entends-je ?
Qu'acoustiquais-je ? Quelle est cette voix en ma chaste oreille et que me demande-t-elle ? » Jeanne d'Arc s'interroge, alors que saint Michel, sainte Catherine et sainte
Marguerite ne cessent de lui susurrer leur envie de la voir bouter l'anglais hors de France. Jeanne, frêle et naïve, gardienne de moutons et pucelle de son état, s'arme ainsi et part en guerre,
ne se doutant pas de combien cette histoire peut bien sentir le roussi...
Reprenons les bonnes habitudes,
Commentaires Récents