Auguste... Saint
Auguste... Aujourd'hui, mes amis, dans cette sainte chronique, nous allons nous attacher à un des saints les plus désavantagés du calendrier ; un saint, honni, moqué, houspillé, dans les
couloirs du Paradis ; un saint floué et non reconnu pour la grandeur de ses actes ; puisque saint Auguste, notre saint du jour, c'est le saint qui est fêté le 29 février... Pas de
bol.
Pourtant, à la base, saint Auguste avait tout fait pour être un saint de valeur, un saint qui méritait quelques gallons voire plus dans le calendrier... Missionnaire en Chine au XIXe siècle,
martyr, torturé, Auguste a quand même reçu 300 coups de rotin dans le dos sans même pousser un cri de douleur, subi le supplice de la cage suspendue – procédé ô combien innovant et ingénieux
débouchant sur une strangulation lente mais néanmoins efficace – avant de se faire décapiter, ce n'est pas rien ! Il a souffert, le bougre... Il en a souqué ferme !
Alors quand il
est monté au Paradis, Auguste s'était mis à espérer, à attendre qu'on l'accueille avec les honneurs dus à son rang ! Selon lui, il avait été malmené pour prix de sa foi, ça égalait bien les
vertus des autres saints du calendrier, ça en surpassait même quelques-uns, il était donc logique qu'on lui attribue assez vite une date, et qu'il ploie sous les honneurs...
Sauf que saint Pierre, à l'entrée du Paradis, ne semblait pas exactement du même avis... Il avait un boulot monstre et n'avait que peu de temps à accorder à Auguste, trop pris qu'il était,
disait-il, par différentes familles de kamikazes qui avaient subitement décidé de partir en vacances en emportant avec elles nombre de leurs congénères... En plus, selon Pierre, le calendrier
était déjà booké comme c'était pas permis, ça avait été la foire d'empoigne pour savoir qui y résiderait, c'était donc hors de question de recommencer l'affaire !!! Et il avait aussitôt
envoyé Auguste en salle d'attente puis à l'habillage afin qu'il reçoive aube, auréole, petites ailes et mallette de miracles à déverser sur la Terre pour saint débutant...
Auguste était estomaqué de la façon avec laquelle on
le traitait... Lui qui avait tant souffert sans crier, lui qui avait enduré tant de choses pour son Dieu, personne ne voulait lui attribuer la moindre reconnaissance ??? C'était
intolérable !!! Il fallait réagir, faire bouger les autorités du Paradis et réclamer ce qui devait lui être reconnu !!!
Le nouveau saint se mit alors à arpenter les couloirs du Paradis, en quête d'êtres saints qui auraient, eux-aussi, été floués dans l'attribution de dates, alors que leur valeur devait être
certaine ! Ils étaient là, ils se cachaient, se terraient, ils n'osaient se regrouper... Nitouche, Turon, Bale, Glinglin, Ure, Pausium, Crétisme, Hétiseur et les autres... Tous ces saints
qui n'avaient pu entrer dans le calendrier et à qui ça restait en travers de la gorge... Grâce à Auguste, ils sentaient la vindicte monter en eux, ils avaient envie de faire bouger les
choses et de ne plus être cantonnés au simple regroupement du jour de la Toussaint !
Pendant des jours et des nuits, Auguste prépara
les plans, attisa la colère, s'entoura de lieutenants, saint Dicat étant certainement le plus entreprenant... Les saints économisaient leurs miracles, faisaient des provisions, affûtaient leurs
ailes et se tenaient en éveil, ils étaient sur le sentier de la guerre... Auguste donnait des ordres, envoyait Gapour à l'autre bout du monde en repérage, demandait aux saints Hétiseur et Bale de
préparer le chant patriotique de la victoire, dictait à Plaie... Non, ce n'était pas une bonne idée, saint Plaie n'en ayant que trop peu dans le ciboulot... Quoiqu'il en soit, Auguste dirigeait
son armée d'une main de maître.
Et enfin ce fut le Grand Soir... Tous étaient prêts, fébriles, ils attendaient ce moment avec impatience. Doucement, ils avançaient dans les allées du Paradis, sans se faire repérer, en toute
discrétion, l'auréole aux aguets. Le bureau de Dieu était tout proche, ils pourraient lui donner leurs revendications... Une ronde de saint Michel et saint Georges... Personne ne se fit prendre
et la troupe put avancer à nouveau...
Plus que quelques pas devant la porte... trois... deux... un... La main de notre saint du jour attrapa la poignée, tira fermement, et dans un hurlement sauvage, l'armée des saints rejetés du
calendrier se précipita dans le bureau de Dieu, tout en s'époumonant sur des slogans poétiques du style « Plus de dates pour plus de saints ! », « Jésus avec
nous ! » « A bas l'hégémonie des saints des premiers siècles » ou encore « Marie, à poil ! ».
Dieu, dans son
canapé, regarda avec amusement cette cohorte de saints ridicules. Ils était là, une poignée, à oser venir l'affronter, lui, Dieu, le chef, le patron, le créateur de toute chose, du ciel, de la
Terre et de tout ce genre de fadaises... Ces saints n'avaient pas réfléchi une minute, ils s'étaient juste lancés, sur une impulsion, sur un coup de tête. Dieu a tendance à aimer les innocents,
et ceux-ci, face à lui, il eut envie de les soutenir, pour voir, pour s'amuser...
Bien évidemment, le calendrier était déjà plus que complet, mais il proposa à chacun des saints présents d'entrer dans le vocabulaire et les expressions de la vie courante, quant à Auguste, chef
de la révolte, lui put obtenir une date. Par contre, suivant l'adage faisant que quand on réclamait, on n'obtenait pas, Dieu ne proposa à Auguste qu'une date épisodique, un 29 février qui ne
reviendrait qu'une fois toutes les quatre années...
Auguste était tout de
même fier d'avoir intégré le calendrier et repartit avec tous ces compagnons de galère, les Gapour, Dicat, Crétisme ou Pausium... Quant à Glinglin, il avait cette drôle d'impression, ce sentiment
bizarre de s'être fait niquer quelque part, sentiment non partagé par Nitouche, d'ailleurs.
Quoiqu'il en soit, à chaque Auguste qui lit ces quelques lignes... Qu'il aime se faire déballer un tapis rouge à ses pieds ou qu'il préfère revêtir le rouge des insurgés, je n'ai qu'une chose à
lui dire : Aujourd'hui, Auguste, et pour la seule fois en 4 ans... Ca va être ta fête !

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Voir la création de la Toussaint
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Il vit dans un monde à
part, sur une autre planète, il ne s'exprime que par bulles, adore jouer au petit point blanc, sur les photographies, et garde toujours sa tête dans un autre siècle... Il vit dans sa tour
d'ivoire, communique dans une langue bizarre et moribonde, s'affiche en public le dimanche sur son balcon, puis il décide... Il interdit.
Causerie mythique, causerie mythologique, mes amis, laissons-nous dévorer par les mythes... Plongeons
ainsi, tous ensemble, au coeur des mondes asiatiques, à la rencontre d'une divinité essentielle du panthéon taoïste ; à la découverte d'un être puissant, savant et déroutant à la fois ;
au contact d'un personnage qui pourtant possédait, comme chacun d'entre nous, ses quelques petites contrariétés ; puisqu'aujourd'hui, dans cette causerie mythique, nous allons nous
entretenir de Chang Kuo-Lao...
Les questions s'enchevêtrent alors tant dans mon esprit pointilleux que dans le vôtre : Chang
Kuo-Lao, malgré son statut d'immortel, n'était-il pas capable de faire de l'âne dans le bon sens, comme tout le monde ? Voulait-il sans cesse jouer les originaux pour se faire remarquer en
société ? Avait-il une relation particulière, étrange autant que pénétrante avec son baudet ? Tant de questions, mes amis, tant de questions auxquelles voici, sans doute, un début de
réponse...
Les Sept immortels, de leur côté, sont plus détendus, plus sereins. Ils sont heureux, ravis, réjouis de
voir un nouveau compère intégrer leurs rangs, et d'avoir un peu de nouveauté dans leur vie qui, quoiqu'immortelle, peut parfois peser, dans la longueur. Aujourd'hui, c'est la fête, ils ne veulent
pas se prendre au sérieux, ils ont envie de s'amuser ! Il est vrai que de Chang Kuo-Lao, ils ne savent pas trop ce qu'il vaut, en matière de déconne... Ils l'ont bien surveillé, pendant sa
vie sur Terre, mais sans vraiment plus d'intérêt. Par contre, maintenant qu'il est face à eux et qu'il s'apprête à les rejoindre, ils le scrutent, le dévisagent, l'observent et n'ont qu'une seule
idée en tête : le bizuter. Reste à savoir comment...
Et puis là, l'idée vient ! Il faut apprendre l'humilité à Chang Kuo-Lao... Ce n'est pas parce qu'on
devient le huitième immortel qu'on doit avoir soudainement une poussée de melon ! Les Sept débusquent alors un mulet, attrapent Chang Kuo-Lao, le posent dessus, à l'envers, frappent la
croupe du baudet et lui font faire tout le tour de la Terre, sans oublier, à chaque passage devant eux, de le railler et de se foutre joyeusement de sa poire...
Notre personnage mythique du jour parcourt ainsi des milles et des milles, traverse des mers, franchit des océans et surtout, comprend la réelle utilité de
la monture qui lui a été affectée : l'âne peut en effet parcourir des distances incroyables en l'espace d'une seule journée et, petite chose pratique, quand son usage est terminé, il se
replie comme une feuille de papier. Pour le réutiliser à nouveau, crachez sur la feuille de papier en question, l'âne réapparaît, c'est formidable et fort utile, gloire à la mythologie !
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