Ephemeridiae, c'est l'espace sur lequel, pour chaque journée du calendrier, vous pouvez découvrir
une histoire, une éphéméride du jour, suivant les concepts présentés dans le menu de gauche...
Le Saint Patron du moment : Saint Elisée, fêté le 14
Juin.
La Date du moment : Le 1er juillet 1766, L'exécution du Chevalier de la
Barre. ![]()
Le Mythe du moment : Bloody Mary, mythologie urbaine.
Le Billet du moment : Rimaillage n°1, Scène de
Taverne...
Les 10 du moment : 10 bonnes raisons de mordre un pitbull à pleines
dents...
Sans oublier le feuilleton d'Ephemeridiae, "Georges", à présent complet ! Bonnes lectures, et n'hésitez pas à laisser vos
commentaires... [Tout sur l'auteur, ici]
« Allez, mon p’tit Georges… Souffle tes bougies, qu’est-ce que tu
attends ? … Joyeux anniversaire !!! »
C’est l’hiver. Maman est dans son peignoir rose éponge, elle sourie à Georges. Les doigts crispés sur le déclencheur de l'appareil-photo, elle est prête à immortaliser le moment où son fils
soufflera enfin ses bougies. Elle pose ses appuis, les pieds bien à plat, les jambes légèrement écartées, et elle attend, patiemment. Georges, lui, il réfléchit, il recompte ses bougies…
30… C’est bien 30 bougies, qu’il y a là, sur son gâteau d’anniversaire… Toujours le même, depuis 30 ans, d'ailleurs… Une forêt noire pour deux, avec chantilly, mais sans les cerises à l’eau de
vie, c’est toujours Maman qui choisit ! 30 ans… Ca fait 30 ans qu’ils vivent tous les deux, lui et Maman, dans leur toute petite bicoque au bout de l'allée des Cyprès, à
Vélampouille-sous-Belon…
Vélampouille-sous-Belon… Georges se rend compte, en soufflant ses bougies, qu’il n'est jamais vraiment sorti du village, si ce n’est pour visiter les usines pétrochimiques de Mirmide-le-Noyau ou
encore pour jeter des tomates pourries sur les honnêtes citoyens de Vélampouille-sur-Belon… Ca n’a jamais été possible pour lui, d’aller plus loin, Maman l’a toujours protégé, couvert, c’est son
petit garçon, son petit chéri, comme elle aime bien dire à toutes ses amies. Et puis de toute façon, Georges, il n’aurait jamais pu laisser Maman seule, ça aurait été bien trop dur, pour
elle…
Alors Georges repose ses yeux sur son assiette, il entame son gâteau d’anniversaire… Une bouchée… Deux bouchées… Tiens ? C’est amusant, cette année dans la forêt noire, il y a quelques
cerises à l’eau-de-vie… Maman aurait-elle changé ses habitudes ? En tout cas, ça donne un nouveau goût à son gâteau, et Georges en avale encore quelques bouchées… Il finit son assiette, repu
de ce plaisir nouveau pour son anniversaire, relève les yeux vers Maman et…
« Ben ??? Maman ??? Maman ??? Maman, qu’est-ce qui se passe !!! » Maman est toute bleue, étendue sur le sol, en train de convulser. Elle s’étouffe
depuis déjà quelques minutes, elle n’a plus d’air, elle ne peut plus respirer… Georges est paniqué, il ne sait pas quoi faire ! « Respire, Maman !
Respire ! » Il tente de lui faire de l’air, de la secouer, mais rien ne se passe… Il appelle les pompiers pour qu’ils viennent l’aider ! Sauf que les pompiers, ça fait
quatre ans qu’ils ont été relocalisés en plein cœur de la métropole, et le temps qu’ils arrivent à Vélampouille-sous-Belon, Maman a déjà succombé… « Allergie aux cerises à
l’eau-de-vie » dit le médecin… « On ne pouvait rien faire pour la récupérer… Désolé… Bon anniversaire… »
Une fois Maman enterrée, Georges revient dans sa maison de Vélampouille-sous-Belon. Elle lui semble bien trop grande maintenant, bien trop vide sans Maman. Et lui ? Que va-t-il
devenir ? Que va-t-il faire de sa vie ? Une chose est sure, il ne peut pas rester ici… Trop de souvenirs accumulés, trop de moments, trop de…
Georges monte dans sa chambre, il s’assoit sur son lit une place. Non, vraiment, ce n’est plus possible de rester ici, il faut qu’il s’en aille… Mais où ? Il n’a pas d’amis, pas de
connaissance… Il ne sait pas ce que c'est que l'extérieur… Il n’aura jamais le courage de tout quitter, de tout abandonner… Pendant de longues heures, Georges reste enfoui dans ses pensées. Il
revoit son école, Maman qui lui réajuste sa cagoule, les années qui passent, ses anniversaires, l’année où Maman lui avait offert une collection de timbres et… Elle est passée où d’ailleurs,
cette collection de timbres ?
Georges cherche, déplace, fouille dans sa
chambre… Elle doit bien être quelque part ! Non, pas ici… Pas là non plus… Ah ! Ca y est ! La voilà ! 5 ans de sa vie, cette collection ! Qu’est-ce que Georges
l’aimait ! Quand il était petit, à chaque fois qu’il l’ouvrait, il avait l’impression de voyager, de partir, de s’échapper, vers de nouveaux horizons, vers de nouvelles destinations…
Calcutta… Bombay… New York… Londres… Bamako… Maubeuge… Cuba… Saint-Pétersbourg… Que de noms exotiques et champêtres… Que de destinations inconnues… Que d’imaginaire dans ces quelques centimètres
carrés…
Et subitement, un éclair, dans la tête de Georges... Pourquoi juste une destination, et pourquoi pas tout un itinéraire ? S'il y a bien un endroit où Georges veut aller, c'est le Monde, le
Monde qui est juste là, à sa portée ! Georges boucle alors son sac, éteint la lumière. Il fourre sa collection de timbres dans la poche droite de son gros sac, il s’harnache, de tous les
côtés, et il descend l’escalier. La maison lui semble toujours aussi vide, mais l’esprit de Maman semble encore y régner. Georges n’a touché a rien, il décide de tout laisser. D'un pas, il se
dirige vers la porte d’entrée, tire la poignée, hésite, la referme… Ca y est, il est de l’autre côté.
Plus qu’à donner un tour de clé… Un simple tour de clé sur ce qui refermera 30 années, 30 années passées à végéter, à attendre, à ne pas vivre. Georges est toujours sur le seuil de sa maison, la
clé à la main, il observe son allée des Cyprès, son allée qu’il connaît par cœur mais qui, d’un coup, lui semble immense, infinie, effrayante.
« Le premier pas, c’est sans doute le plus dur à faire ! » se dit Georges. Il ferme alors les yeux, prends une grande inspiration, et lentement, il fait avancer
son pied en avant, jusqu’à le poser à terre… « Tu vois, mon p’tit Georges… C’était pas si compliqué… » La voix de Maman résonne dans la tête de Georges tandis qu’il
commence à avancer son deuxième pied.
Un pas, un autre… Georges se retrouve dans la rue… Un pas, encore un autre… Georges dépasse le bar PMU… Encore un pas, encore un autre… Les maisons s’éloignent et c’est la campagne qui le gagne…
Et puis encore un… Voici enfin le panneau de Vélampouille-sous-Belon, à partir de ce point, c’est l’aventure qui commence, l’incertitude, le voyage, les rencontres...
Georges s’en va, l’oiseau quitte le nid, l’esprit ouvert, le cœur grandi, et l’envie… L’envie d’emmagasiner toutes ces nouvelles images qui s’offrent à lui, l'envie de s'approprier toutes ces
nouveaux paysages que voudront bien lui offrir la vie.

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