Mardi 23 octobre 2007
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Causerie mythique, causerie
mythologique, mes amis, aujourd'hui encore, laissons-nous dévorer par les mythes... Plongeons ainsi tous ensemble au coeur des légendes arthuriennes, à la rencontre d'un objet puissant autant que
mystique ; à la découverte d'un artefact faiseur de souverain ; à la mise en perspective d'une simple bricole qui fut le point de départ de tout un cycle d'histoires ;
puisqu'aujourd'hui, dans cette causerie mythique, nous allons nous entretenir d'Excalibur, l'épée du roi Arthur...
Alors évidemment, vous allez me dire – ne le niez pas, je vous vois déjà vous dandiner derrière votre écran – que l'histoire d'Excalibur, tout le monde la connaît par coeur, Disney nous ayant
largement rabattu les oreilles depuis des lustres avec cette bluette mielleuse et douceâtre qu'ils ont eu l'occasion de produire. Excalibur... L'épée plantée dans le rocher... Quiconque parvient
à l'en retirer est fait roi des Bretagnes dans la foulée... Ce qui attire nombre de péquenots et de couillons en tous genres, pour faire la queue pendant des années, histoire de voir s'ils ne
seraient pas capables de la retirer... Et à chaque essai, c'est raté...
Il y a tout de même un problème, dans les différents récits où il est question d'Excalibur... Constamment, il y a un détail qu'on oublie, qu'on minore, qu'on essaie de faire passer inaperçu, et
qui pourtant est, pourrait-on penser, primordial : Pourquoi est-ce qu'Excalibur a choisi un gamin pour aller gouverner les Bretagnes ? ... Non, parce que Arthur, au moment de sortir
l'épée du rocher, il avait quoi ? 14 ? 15 ans ? A peine trois poils au menton et pas plus sur le derrière, et paf, voilà-t-y pas qu'il était déclaré roi, avec couronne, sceptre,
table ronde et tout le tralala ! Qu'est-ce qui a donc bien pu lui passer par la tête, à cette fichue épée ???
Il faut sans doute rappeler ici que quand Arthur réussit à sortir Excalibur de son rocher, ça faisait quand même un sacré petit bout de temps que l'épée l'attendait, et elle commençait à
sérieusement s'emmerder... Elle avait été enfoncée là par Merlin après la mort d'Uther Pendragon, le roi de l'époque, c'était une réponse comme une autre aux guerres intestines pour s'emparer de
la couronne. Comme personne n'arrivait à se décider sur quelqu'un pour gouverner le royaume, la règle était simple : qui pourrait retirer l'épée du rocher pourrait gouverner...
Forcément, chacun des chefs de clan pensait pouvoir tirer son épingle du jeu et sortir l'épée finger in the nose ; c'était sans compter sur le caractère bien trempé d'Excalibur... En fait,
Excalibur avait reçu des pouvoirs bien particuliers. En plus de pouvoir zigouiller à loisir, faire couler le sang et rouler les têtes, l'épée était douée, sinon d'une conscience propre, au moins
d'un esprit cynique avancé... En la plaçant dans le rocher, Merlin lui avait donné juste une consigne : « Choisis celui qui sera le plus apte, qu'importe le temps que ça
prenne... Mais ne tarde pas trop tout de même ! »
Excalibur avait ainsi observé avec
minutie chacun des prétendants, mais à chaque fois, il y avait quelque chose qui la dérangeait... Les chefs de clans, ces hommes sûrs d'eux-mêmes... Elle n'avait aucune envie de passer le restant
de sa vie dans leurs paluches... On sentait qu'ils n'avaient que l'ambition de terroriser la population ou d'accroître leurs fortunes personnelles, voire les deux, c'était donc hors de question
de leur donner le pouvoir...
Étaient ensuite arrivés les deuxièmes fils, ce qui ne pourraient jamais hériter des terres de leurs pères... Ils n'avaient rien à perdre, étaient aventureux, mais l'épée se retenait toujours,
elle ne pensait pas qu'ils valaient mieux que leur ascendance paternelle... Puis vinrent les chevaliers, les noblesses inférieures, les bourgeois, les paysans, les voleurs, les mendiants, et même
un lépreux, tout le monde se succédait au rythme des jours, des mois et des années qui s'écoulaient, mais l'épée toujours se refusait...
Elle s'était maintenant
entêtée... Toutes les excuses étaient bonnes : « Celui-là ne m'inspire pas confiance... Celui-ci a les mains sales... Pas lui, il a les dents pourries... Voyons... pas une
femme, tout de même !!! » Il semblait bien que personne n'arriverait jamais à extraire Excalibur de son rocher, et on en vint à l'oublier, à la laisser là et ne plus tenter de
la retirer...
Excalibur, ça l'arrangeait, cette histoire... Elle pouvait maintenant roupiller pépère, se la couler douce pour toute une éternité, vivre sa retraite en toute quiétude, c'était le pied ! (ou
plutôt... le manche !). De temps en temps, elle ouvrait un oeil, observait que rien ne se passait, et se rendormait dans la paix, l'emmerdement et la sérénité...
Un jour pourtant, quand elle ouvrit
les yeux, elle entendit quelqu'un qui courait comme un dératé... Il semblait crevé, exténué, mais surtout angoissé... Il était tout jeune, il devait être page, il regardait partout autour de lui,
il semblait chercher quelque chose et... Quand ses yeux tombèrent sur Excalibur, d'un seul coup son visage s'illumina, il remonta ses manches, saisit le pommeau de l'épée et tira d'un grand coup
sec... Excalibur sentait que le jeune garçon ne savait rien d'elle et de l'histoire qui lui était associée, il n'avait pas d'ambition propre, pas d'envie de gloire et de reconnaissance, il avait
juste besoin d'une épée, c'était ce qu'on lui avait demandé...
Sans penser aux conséquences, Excalibur s'était ainsi laissée retirer du rocher, accomplissant ce pour quoi elle était destinée, et faisant de ce jeune Arthur un personnage de légende, malgré
lui.
Cette histoire, bien évidemment, fut le point de départ de nombre d'aventures exaltées par l'amour courtois, dont certaines trouverons d'ailleurs prochainement refuge dans la causerie mythique...
En attendant, mes amis, levons notre verre en l'honneur d'Excalibur, l'épée fichée dans le rocher, et pour que son histoire survive à jamais, à mi-ton... Mythons.
Voir l'histoire de Dédale et du labyrinthe
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Peut-être... Ou peut-être pas...
Et de toute façon, le propre des histoires n'est-il pas de se réinventer et de se nourrir de ses versions les plus différentes?
cordialement,
josé.