Causerie mythique, causerie mythologique, mes amis,
laissons-nous dévorer par les mythes... Plongeons ainsi, tous ensemble, au coeur de la Grèce Antique, à la rencontre d'un jeune homme fort et beau qui faisait tourner nombre de têtes ; à la
découverte d'un personnage illustre qui a su se démarquer dans une guerre réputée ; au contact d'un soldat qui a eu la gloire de mourir au combat ; puisqu'aujourd'hui, dans cette
causerie mythique, nous allons nous entretenir de Patrocle...
Patrocle était jeune, beau et athlétique. Il resplendissait, il irradiait, partout où il allait, il faisait plaisir à regarder, mais lui n'en avait que pour Achille, son âme soeur, sa moitié, sa
raison d'exister. Tous deux avaient vécu toutes sortes d'aventures, ils s'y étaient aimés, tout en pourfendant à loisir les bestioles qu'ils croisaient sur leur route et en sauvant les donzelles
autant que les donzeaux qu'ils invitaient ensuite à ripailler chez eux et partager leur intimité. Achille et Patrocle se sentaient forts, pleins de ressources et même, parfois, invulnérables, ce
qui les avait poussés à s'engager dans la Guerre de Troie.
A Troie, ça bataillait sévère, ça avançait, ça
reculait, ça tuait, ça éviscérait, mais sans cesse, dans leur tente, Achille et Patrocle s'aimaient. Le soir venu, ils se pensaient mutuellement les blessures, se racontaient leurs divers
exploits et comptabilisaient le nombre d'ennemis qu'ils avaient tué dans la journée... Jusqu'à ce jour funeste où le dos de Patrocle rencontra le glaive de son ennemi Hector, sous les remparts de
Troie, le blessant mortellement et le laissant gésir dans une flaque de sang.
Quand Achille apprit que Patrocle était décédé, il en pleura toutes les larmes de son corps ! Impuissance, dépit, colère et même rage, pendant des semaines, les sentiments se succédèrent
dans la tête du héros grec, le laissant le plus souvent désemparé, désabusé. Dans sa vengeance, il avait pris la vie d'Hector, mais ça ne lui suffisait pas, il ne se sentait pas apaisé. Il
fallait qu'il fasse quelque chose pour Patrocle, qu'il lui rende un honneur digne de ce qu'il avait été, quelque chose qui marque les esprits et qui accompagne son amour dans l'autre vie... Il
allait organiser là, sous les remparts de Troie, des jeux funéraires, et qu'importe ce que pourraient en dire les ennemis, tous ses compagnons d'armes devraient y assister, quant à la guerre,
pendant ces quelques jours, elle serait arrêtée.
Disque, javelot, tir, lutte, courses de chars, Achille voyait
les choses en grand. Les meilleurs combattants, les plus beaux belligérants, tous les éphèbes de l'armée avaient ainsi été rassemblés, prêts à s'affronter pour l'honneur, la gloire et la mémoire
de leur compagnon d'armes. Ils devaient combattre nus, c'est ce que voulaient autant Achille que la tradition, et se frotter les uns aux autres tandis que le héros, impartial, s'apprêtait à
juger. A mesure des épreuves, sur un bûcher, le corps de Patrocle s'envolait, dans une fumée noire et cendrée, dans un chagrin partagé.
Achille prenait plaisir à regarder ces muscles rouler, ces corps se déhancher, ces poignes s'agripper. Il adjugeait les prix, offrait une esclave et un trépied à Diomède qui avait remporté la
course de char, un cratère en argent à Ulysse pour sa victoire en course à pied, ou encore quelques haches à Mérion, grand vainqueur du concours de tir à l'arc. Mais l'épreuve la plus appréciée
d'Achille avait été la lutte, disputée entre Ajax et Ulysse. Pendant des heures, les deux héros s'étaient affrontés. Ils transpiraient, suintaient, luisaient de sueur. Les grandes mains calleuses
attrapaient les membres de l'adversaire d'un jour, essayant de renverser l'autre, de lui monter dessus, de le dominer. Tantôt Ulysse prenait l'ascendant sur Ajax, tantôt Ajax reversait la vapeur
et par la même, le navigateur. Ils étaient épuisés, se collaient de plus en plus mais n'arrivaient à se surpasser, tandis que l'oeil d'Achille frisait.
A la tombée de la nuit, le héros en deuil les déclara ex-aequo
et les invita en sa tente, afin de les soulager. Pendant toute la nuit, Achille s'occupa de leurs corps meurtris et endoloris, et les aida à décharger toute la tension qu'en cette journée ils
avaient accumulée. Au petit matin, les jeux reprirent, de l'hoplomachie au pugilat, du lancer de disque à celui de javelot, et à chaque fois, Achille honora les vainqueurs à leurs justes valeurs.
Quand enfin les jeux furent terminés, le corps de Patrocle s'était envolé. Achille se sentait enfin soulagé, prêt à surmonter cette perte en sa vie, ce vide qu'il ne pourrait jamais combler. A
Troie, les combats reprirent de plus belle et notre héros du jour ne se lassa de tuer, d'étêter, d'éviscérer, voulant mettre à bas la muraille et récupérer Hélène, la jeune femme enlevée.
C'est au détour d'une bataille de Troie qu'Achille perdit la vie, d'une flèche dans son talon, il s'était écroulé. Dans l'au-delà, déjà Patrocle l'attendait, pour que bien vite et dans
l'éternité, tous deux puissent jouir à loisir et sans retenue, de leur complicité. Ainsi, mes amis, levons notre verre en l'honneur de Patrocle et de la passion qu'il avait suscitée, et pour que
son histoire survive à jamais, à mi-ton... Mythons.
Voir l'histoire d'Hélène
Aller à l'Index des Causeries Mythiques
Commentaires Récents