Sébastien… Saint Sébastien… Aujourd'hui, mes amis, dans
cette sainte chronique, c’est un des saints les plus représentés de nos églises qui vient nous rendre visite, un des saints les plus visibles et les plus vénérés depuis le Moyen-Âge, un saint
qu'on adule, qu'on adore et que partout, on révère, puisque notre saint du jour a reçu, et ce n'est pas rien, le titre très envié de « Défenseur de l'Église Romaine »… Saint Sébastien
était ainsi le héraut d’arme de notre chrétienté, et pour cela, il a dû subir le martyre…
Pourtant, à la base, Sébastien, c’était un des amis les plus proches de l’Empereur Dioclétien, ce grand tueur de chrétiens, au IIIème siècle, que nous avons déjà sans doute rencontré dans cette
sainte chronique... Sachez d'ailleurs, amis lecteurs, que tous les deux ne se séparaient quasiment jamais, ils étaient comme collés l’un à l’autre : ils faisaient des pâtés de sable
ensemble, ils cuisinaient des cookies, de la meringue ou des bretzels, ils jouaient à la belote, au jeu de paume, au rami, à « Attrape-moi vite, je suis caché
dans la cuisine » ou toutes autres joyeusetés du même acabit, en un mot, ils étaient toujours fourrés ensemble.
Tout cela était venu du fait qu’un jour, Sébastien était
entré dans l’armée de Dioclétien. Sébastien était bon archer, tellement bon tireur que l’Empereur l’avait repéré et promu au rang de capitaine des armées. Par la suite, Dioclétien l’avait invité
à dîner, une fois, deux fois, trois fois et, de fil en aiguille, ils ne s’étaient plus jamais quittés. Hélas, Sébastien cachait en son coeur un terrible secret, un non-dit oppressant autant
qu'épouvantable, un secret tellement horrible et puissant qu’il pouvait faire basculer à tout jamais cette amitié pourtant si profonde entre nos deux protagonistes du jour… Oui, chers amis, saint
Sébastien était chrétien !
« Ah !!! Mais quelle horreur, tous ces chrétiens !!! » Pensait constamment Dioclétien… « Il
faut les exterminer, ces racailles ! Amenez-moi donc un kärcher, que je vous nettoie tout ça ! » ... Ce qui vous laisse imaginer la réaction de l’Empereur, quand un de
ses favoris, celui-là même qui avait été écarté par l'arrivée de Sébastien dans les bonnes grâces de Dioclétien, avait révélé à l’Empereur la terrible réalité… Dioclétien n’en croyait pas ses
oreilles… Être trahi ainsi, comme ça, par l’un de ceux qui lui étaient le plus proche ? Ce n’était pas possible.
L'Empereur avait alors fait appeler Sébastien, qui n’avait
nullement nié et, en châtiment, le saint avait dû être transpercé de flèches par tous les archers de l’Empire… Terrible... Ce qui pourrait d'ailleurs être la fin de cette sordide histoire, sauf
que non.
Vint à passer, sur le chemin du martyre de Sébastien, sainte Irène. Oui, sa tournée mondiale passait inopinément dans le coin, et elle avait décidé de faire un petit saut jusqu’ici, avec sa
galette et son petit pot de beurre, tout en chantant guillerettement des airs suaves et insipides, à la mesure des mélopées douceâtres et champêtres d'une Mireille Mathieu s'en allant faire des
ronds de jambe au frère guide Kadafi. Sainte Irène arrivait ainsi sur le lieu du crime, tandis que les soldats laissaient la scène à l'abandon et que, de son côté, Sébastien était encore attaché
à son poteau, criblé de flèches, mort.
Enfin… Presque mort, puisqu’en fait, il respirait encore. Entendant bien justement cette respiration faiblarde autant qu'annonciatrice de relent de vie, sainte Irène s’était rapprochée, avait
trouvé Sébastien terriblement craquant dans son petit périzonium top tendance, et avait alors décidé de le secourir. Irène avait ainsi détaché Sébastien de son poteau, l’avait emmené jusque chez
elle pour lui enlever toutes ses flèches, et le soigner pendant des jours et des nuitées.
Le saint, dans son délire, ne savait pas s’il était au
Paradis ou encore sur Terre, mais sainte Irène le veillait, elle restait sans répit à son chevet jusqu’à ce qu’enfin Sébastien aille bien. Irène ne cessait de le couvrir de soins, elle le
choyait, le chouchoutait, mais Sébastien, lui, n’avait qu’une seule hâte, qu’une seule envie : retourner voir l’Empereur et comprendre pourquoi Dioclétien l’avait aussi lâchement abandonné.
« Mais tu vas te faire tuer, pauvre andouille ! » Lui avait alors asséné Irène… « Qu’importe ! Je veux comprendre ! » Et il était parti. Évidemment, en allant se représenter devant Dioclétien, ce crétin de Sébastien avait été frappé
à mort, et ce coup-ci, on avait vérifié scrupuleusement qu’il était bien crevé, le saint était monté au Paradis.
Après sa mort, il se trouve que saint Sébastien a été plutôt pas mal vénéré. D’abord, ce sont les archers, qui ont décidé de le prendre comme saint patron, et ça, on comprend pourquoi. Par la
suite, quand les épidémies de peste sont arrivées, saint Sébastien a été une nouvelle fois prié, puisqu’on considérait que la peste s’abattait sur le monde comme une pluie de flèche qui venait
transpercer les hommes. Enfin, ce sont les homosexuels qui ont récupéré Sébastien comme saint patron, et oui, encore une histoire d’hommes qui se font transpercer…
Enfin bref… Du coup, en ce mardi 20 janvier, à chaque Sébastien qui lit ces quelques lignes, qu’il ait été martyrisé par son meilleur ami, sauvé par une belle des champs, ou qu’il préfère se
faire trouer dans tous les recoins de sa chrétienté, je n’ai qu’une chose à lui dire : « Aujourd’hui, Sébastien… Ca va être ta fête ! »
Voir la vie de
sainte Prisca
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