Hubert... Saint Hubert... Aujourd'hui, mes amis, dans cette sainte
chronique, nous allons nous attacher à un saint champêtre et forestier ; à un être qui adorait passer ses journées à dos de cheval et dans des bottes crottées ; à un personnage qui
adorait zigouiller cerfs, sangliers, buffles et autres perdrix, puisque saint Hubert, notre saint du jour, avait pour passion pleine et entière celle de chasser...
Et oui, amis lecteurs, chasser était l'activité préférée du saint qui nous interpelle en cette honorable journée... Partir aux aurores, se camoufler dans les fourrés prêt à dégainer son arme,
attendre patiemment le bestiau puis le traquer sans merci pendant des heures ; et rentrer à la nuit tombée fier d'exhiber son trophée à sa tendre moitié : un cuisseau de biche, une
paire de faisans, une corne de gnou ou encore une toison de Petit Lapin Bleu, qu'importe le cadeau tant qu'il fait beau sur le dessus de la cheminée...
C'est ainsi qu'Hubert chassait, pendant des heures, pendant des jours et des nuitées, délaissant tout le reste, son château, sa seigneurie, ses quelques mondanités et même son épouse Floribane,
au point de la laisser s'éteindre seule, alors qu'elle donnait naissance à leur fils Floribert. Hubert, lui, n'avait strictement rien saisi de cette affaire. Sa passion le tenait tant qu'il
n'avait remarqué son épouse ni grosse, ni faible, ni bleue, ni enterrée, tout au plus, il avait trouvé le lit un peu plus grand et un peu plus froid que dans son souvenir, et encore, ça n'avait
pas duré, il devait se lever tôt pour retourner chasser.
Un matin, cependant, sa partie de chasse ne tourna pas comme à
l'accoutumée. C'était un vendredi saint, le soleil était bas et le ciel dégagé, le temps idéal pour s'adonner à son loisir préféré et s'ébaudir dans les forêts lors de longues traques
consciencieuses et champêtres en quête de gibier. Pourtant en ce vendredi saint, personne n'avait voulu l'accompagner. Il y avait la messe, les processions, l'encens, c'était un jour plus
qu'important, pas un jour à chasser, avait-on rétorqué à notre saint du jour. Alors Hubert était parti seul, après tout que craignait-il ?
C'est ainsi que le futur saint homme s'était enfoncé dans la forêt, serrant fort la bride de son cheval et scrutant l'horizon à la recherche d'une éventuelle proie. Il faisait un peu froid, le
brouillard était tombé, on entendait toute sorte d'animaux mais on ne voyait pas plus loin que le bout de son nez... Pendant des heures, Hubert erra, tournant là, retournant là-bas puis revenant
par-ici, mais n'attrapant rien. Sa gibecière restait vide, son nez avait rougit, son corps le lançait, l'homme désespérait quand il l'aperçut au loin.
C'était un cerf, un cerf de ceux qu'on ne voit
jamais mais dont on parle tant. Il était grand, il était majestueux, son pelage resplendissait, un halo l'entourait, et de loin, il toisait Hubert, l'invitait à le suivre, à le chasser, à le
traquer, il semblait vouloir en découdre. Alors Hubert lança son cheval vers l'avant, l'arc à la main et le regard fixé vers cette vision, vers ce trophée qu'en grand chasseur il rêvait déjà de
posséder.
Le cerf se jouait de l'homme, il avançait, attendait, se sauvait, attirait inexorablement Hubert loin, loin des paysages que l'homme connaissait, loin des terrains fertiles et familiers, loin de
ce que l'homme maîtrisait. Hubert ne pensait à rien d'autre qu'à ce cerf, il le voulait pour lui, ne voulait l'épargner, c'était comme si sa vie en dépendait.
Le cerf s'était arrêté pour se désaltérer,
laissant à Hubert le temps de le détailler. Des pattes puissantes, un corps nerveux, des bois longs, fiers et lumineux, et en leur centre – Hubert n'en croyait pas ses yeux – il y avait un
crucifix qui lévitait, tournoyait sur lui-même et indisposait le chasseur invétéré.
Hubert avait alors vu le cerf et son crucifix se rapprocher de lui, lentement, mais sûrement. Le regard de l'animal était droit mais la main de l'homme tremblait, son pied reculait et son arme
tombait dans l'herbe, accompagnée d'Hubert, maintenant à genoux, terrifié. Le chasseur était aveuglé par l'étrange lumière du crucifix en suspension, il sentait le souffle chaud de l'animal
contre son menton, et dans son esprit il entendit une voix l'admonester, lui conter ses quatre vérités, lui remonter proprement les bretelles parce qu'après tout, un vendredi saint, il y a quand
même bien d'autres choses à faire que chasser, sans blague !
Puis le cerf s'en était allé, laissant Hubert
gésir là, dans sa torpeur, ses remords et ses regrets. Quand notre saint du jour avait repris ses esprits, il n'avait plus aucune envie de chasser, ni ce jour, ni jamais. Il abandonna tout ce
qu'avait été sa vie jusque là et se lança à corps perdu dans de nouvelles passions inspirées de sa drôle de vision, devenant ainsi le saint homme fêté en cette digne journée.
Alors... A chaque Hubert qui lit ces quelques lignes, qu'il aime collectionner différentes pièces de gibier, qu'il ne vive que pour étendre une peau d'ours devant sa cheminée ou qu'il préfère
avoir des visions plus qu'extraordinaires, je n'ai qu'une chose à lui dire : Aujourd'hui, Hubert... Ça va être ta fête !
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